Pour une économie localisée

dsc_0066_pteLe Réseau rural Français, nouvel acteur phare du développement rural (nous en reparlerons dans un prochain post) a décidé d’orienter le développement rural dans le sens de la localisation des activités économiques. C’est une excellente nouvelle car jusqu’alors, ce genre d’idées restait cantonnée aux milieux alternatifs.

Localiser l’économie, voilà un enjeu essentiel, tant d’un point de vue environnemental que social. Il ne s’agit pas d’un localisme à l’ancienne, avec les guerres de clochers, de vivre enfermé sur son territoire et de renoncer à la mobilité. C’est pour cela que l’expression « relocalisation » de l’économie prête à confusion car le préfixe « re » ramène au passé. Une référence au passé qui d’autant plus inexacte que la mondialisation des échanges est extrêmement ancienne (songeons à la laine par exemple).

L’économie localisée, c’est la généralisation des circuits courts. Bien-sûr, tout ne peut se produire localement, notamment la haute technologie. Mais l’essentiel de notre nourriture, de nos énergies et de nos bâtiments pourraient l’être. Avec, comme conséquences positives : de la création d’emplois de qualité, du lien social et un faible impact sur l’environnement. Soit un développement durable des territoires.dsc_0251_pte1

C’est ce qu’ont voulu montré Savoir-Faire et Découvertes, le Collectif Ville Campagne et l’Acteur rural à travers l’atelier « Comment accompagner le développement des métiers ruraux à forte valeur ajoutée environnementale », présenté au séminaire de lancement du réseau rural français début décembre.

Pour la préparation de cet atelier, les 3 structures ont réalisé une étude au quelle j’ai participé en réalisant 10 entretiens de personnes dont le métier contribue à une économie localisée et au développement durable (en Limousin) : éleveurs de brebis bio + transformation de la laine en tricots ; boulangers bio en vente directe ; éco-site collectif ; fabricant de cosmétiques à partir de plantes cultivées sur le site ; matelassier artisanal à partir de laine de mouton locale ; élevage d’agneaux en vente directe et chambres et tables d’hôtes… Des entretiens similaires ont été réalisés en Languedoc Rousillon, chez un constructeur de yourte, un producteur en amap…

Nos entretiens ont prouvé que ces métiers (nous entendons par métier « compétence à vivre » selon la belle définition de Patrick Viveret) étaient viables et qu’ils représentaient une chance pour les territoires ruraux, alors qu’ils continuent d’être considérés à tort comme marginaux, atypiques, fragiles. Ces personnes s’en sortent financièrement et leur clientèle n’est pas uniquement constituée de bobos à fort pouvoir d’achat. Ainsi, les cosmétiques bio d’Hervé ont autant de succès voir plus à Aubusson qu’à Paris.

Voir les vidéos des métiers alternatifs présentés pendant l’atelier :  http://www.dailymotion.com/chatbebop
(séquences 1, 2, 3, 4 et 5)

Comme cela a été dit lors de l’atelier, l’atypique, c’est l’économie de demain. Les métiers que nous avons présenté proposent un vrai modèle pour la planète et la société, un modèle crédible où l’économie sociale et solidaire deviendrait dominante. Mais de nombreux freins continuent de bloquer le développement de cette nouvelle économie:

– la course au profit : l’optique de faire du buisness et de gagner toujours plus n’est pas compatible avec ce typ d’économie, qui privilégie l’épanouissement, la qualité de vie, l’humain

– le cloisonnement des secteurs : il faut réintroduire de la complexité, les systèmes (commerce, artisanat, etc.) sont trop simplistes ce qui entraîne des soucis de statuts

– le manque d’informations et les représentations négatives sur la bio, l’économie sociale, les créations d’activités originales…

– la difficulté à s’approvisionner en matières premières locales (par exemple en orge et houblon pour les brasseurs, en farine bio pour les boulangers…)

– l’insuffisance en offre de formation et leurs financement

– l’accès au foncier

dsc_0046_pteSur le Plateau de Millevaches, l’économie localisée est déjà à l’oeuvre. Comme l’a expliqué Emilie de l’association De Fil en réseaux, des choses qui seraient considérées comme un frein ailleurs deviennent un atout. Par exemple, la quasi-absence de supermarchés invitent à consommer des produits locaux en vente directe et à créer des petites épiceries alternatives. De même, le côté vide stimule la créativité (tout est à faire !).

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5 Réponses to “Pour une économie localisée”

  1. Benoît Musquar Says:

    Bonjour Emmanuelle Mayer,
    potier habitant le nord du Lot, je désire mettre en place un projet de construction de briques de terre crues. J’ai l’intention de le faire sous forme de Scop, de Sapo (comme Ambiance Bois) ou Scic (rien n’est décidé, le projet en est à ses balbutiement et je cherche des personnes motivées pour m’aider à le mettre en place).
    ça entre dans le cadre de la re-localisation de l’économie, d’une conception différente des relations en entreprise (avec en plus compagnonnage, chantier d’insertion …), l’auto-construction et le respect de l’environnement (moindre impacte à la construction).
    Je me nourris de ce que vous et d’autres font pour imaginer la suite : comment repenser l’économie et comment donner un poids à ces idées, quel sens donner à ses actes, à qui s’adresser, tout simplement ???
    J’espère avoir un jour l’occasion de discuter avec vous et de vous entretenir des initiatives en cours dans ce petit coin du Lot.
    Cordialement.
    Benoît Musquar

  2. emmanuellemayer Says:

    Beau projet ! Vous pouvez vous adresser à des structures comme l’Ardear et les Civam, qui peuvent soutenir des projets de type filières locales d’écomatériaux.
    Bon courage

  3. De la relocalisation à la décroissance… ou au développement durable ? « Néocampagne Says:

    […] développement durable ? By emmanuellemayer J’ai déjà évoqué l’importance de relocaliser l’économie ou plutôt de créer une économie localisée pour favoriser le développement des territoires ruraux mais aussi pour inventer un nouveau modèle […]

  4. De la relocalisation à la décroissance… ou au DD ? « MNE Bordeaux Aquitaine Says:

    […] déjà évoqué l’importance de relocaliser l’économie ou plutôt de créer une économie localisée pour favoriser le développement des territoires ruraux mais aussi pour inventer un nouveau modèle […]

  5. A bouquiner au soleil « Néocampagne Says:

    […] avons réalisé pour le réseau rural Français et dont je vous avais parlé dans le post “Pour une économie localisée“. Cette étude étant basée sur des entretiens réalisées en Limousin et en […]

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