La campagne se dépeuple ?

C’est un article dans Le Journal de la maison : « la campagne s’invite en ville, où l’on rêve de simplicité« . On peut y lire que la tendance déco du moment, c’est le retour à la simplicité et au naturel : artisanat locale, matières brutes, fait-maison, bois clair, matériaux recyclés… Le style « campagne », symbolisé par la grande table de ferme, fait fureur. Soit. Mais, histoire de donner un peu de profondeur à ces quelques lignes, le journal a interviewé une designer « chasseuse de tendances », Elisabeth Leriche, sur la question. Et là, bonjour les clichés :

« Pensez-vous que les citadins vont partir en mass vers la campagne, ou faire venir la campagne en ville ? ». Réponse : « Les gens ne quittent pas du tout les villes. Les chiffres le montrent, les campagnes continuent de se dépeupler. Ce retour à la campagne concerne les privilégiés. C’est une sorte de fantasme mais il reste très peu d’agriculteurs et peu de sources de revenus en milieu rural. Ce qui est vrai, c’est que les citadins sont demandeurs de nature dans les villes« .

Une réponse pleine de confusion (on mélange les flux entrants et les flux sortants, on assimile rural à agricole, on parle de « retour » à la campagne au lieu d’installation ou de déménagement… ) et comportant des erreurs. En effet, si des gens quittent la campagne pour rejoindre les villes, beaucoup de citadins partent s’installer à la campagne, c’est un flux croisé. D’autre part, le dernier recensement a montré une croissance démographique des communes rurales. Enfin, l’installation à la campagne ne concerne pas seulement des privilégiés, mais différentes couches de la population, tant des familles aisées que des précaires en passant par les classes moyennes.

Si cela vous intéresse, je vous invite à lire les différentes études sur la question des dynamiques migratoires ville/campagne, que vous pourrez trouver ici : http://www.installation-campagne.fr/centre-ressource-Dynamiques-migratoires-en-France-3,35.html

L’interview dans le Journal de la maison se poursuit sur les technologies, où l’on peut lire « On est totalement connecté au monde actuel, on peut avoir internet au fin fond de la Creuse« . Ca, c’est vrai mais c’est quand même incroyable la force symbolique de ce département. A chaque fois qu’on veut évoquer la campagne profonde, bien perdue, isolée et tout, on cite la Creuse. Pourtant, il existe bien d’autres départements ruraux de ce type… Est-ce dû à son nom ?

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4 Réponses to “La campagne se dépeuple ?”

  1. Helene Says:

    Merci Emmanuelle pour cet article et pour le blog en général! Ca donne vraiment envie de partir s’installer au vert (bon, c’est pas l’envie qui nous manque, c’est plutot le boulot du conjoint qui nous en empêche…)
    Je me pose tres souvent cette question: comment les gens vont ils faire à la campagne dans 50 ans, ou il n’y aura probablement plus de petrole? J’y pense tout le temps… Vous qui y vivez, avez vous un début de réponse?
    J’aimerai bien faire un article sur ce pb dans mon blog, mais si je ne peux pas apporter un petit bout de réponse… c’est pas terrible…
    A bientot!

  2. emmanuellemayer Says:

    Chère Hélène, j’ai bien quelques idées sur la vie à la campagne sans pétrole : je pense que la vie y sera basée sur l’entraide et la solidarité et que les déplacements seront plus rares et surtout mutualisés.

    Dans les centre-bourgs, il faudra développer encore davantage les commerces et services et peut-être densifier de manière à économiser de l’espace, de l’énergie et à favoriser les déplacements à pied ou vélo.

    Dans les hameaux, il faudra probablement vivre en collectif (du simple partage entre voisins au niveau communautaire, c’est selon) et miser sur l’autonomie (alimentaire, énergétique).

    Je ne pense pas que le véhicule motorisé disparaitra des campagnes mais par contre, il ne sera peut-être plus individuel mais partagé, et j’imagine plus ou moins propre (électrique, biocarburant s’il est local…)

    En fait, la fin du pétrole, bien qu’elle sous-entende la fin du tout voiture, me semble moins inquiétante pour la vie rurale que pour la vie urbaine. Le pétrole, c’est pas juste l’essence, c’est le coeur de l’industrie, c’est des matériaux, des modes de vie… A la campagne, avec de l’espace, des gens et des matériaux accessibles (paille, bois, biomasse…) on peut construire une maison et se nourrir sans pétrole.

    Bon, je simplifie beaucoup là ! Ça mériterait un article plus approfondi !

  3. paysanheureux Says:

    Je confirme qu’il y a d’autres parties de départements bien aussi isolées que la Creuse !!!! Ici, tout le monde n’a pas accès au net en haut débit…

    Pour ce qui est dit par Emmanuelle, je pense que nous pourrions revenir à une certaine autonomie énergétique mais les choix politiques ne vont pas encore dans ce sens ! On ne pourra pas se passer totalement du pétrole. Partiellement sans problème ! Par contre, je vois plus, dans les faits , se développer un commerce à partir du Net que la réouverture des petits magasins ! Après, c’est une question de logistique : Un seul camion pour livrer tout le monde ? Oui, mais en plafonnant les tarifs, on sait bien que l’absence de concurrence… ! Outre le e-commerce qui a brisé l’isolement culturel, je vois bien également une nouvelle organisation du travail incluant télétravail et visio-conférence, limitant les trajets au siège à des réunions de planification et de rencontres !
    Il est certain que les choses changent et que cela touche toutes les catégories sociales ! Mais reste l’image , la bataille n’est pas gagnée… Il suffit de regarder les difficultés de recrutement de médecins par exemple en zone rural !

  4. Carte Says:

    Je tiens avant tout à préciser que je suis creusois et que mes ancétres l’étaient aussi.C’est dire si je suis attaché à ce département.Quant à son image négative complaisamment rélayée par certains médias ,je pense qu’elle est en grande partie due à son nom de Creuse.Il est des appélations qui ont une image négative ce qui a conduit certains départements à en changer(Corse du Nord,Cotes du Nord).Il y a quelques années un chef d’entreprise avait proposé de lui donner le nom de MARCHE.Je pense que l’on pourrait à nouveau y réfléchir;changer de nom n’a rien de désobligeant

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