De l’utopie que diable !

Quelque chose me fascine dans notre société : le consensus général qui nous oblige à considérer le capitalisme, la démocratie représentative et la mondialisation économique comme piliers essentiels du bonheur. Toute remise en question de ce triptyque est soit inexistante, soit montrée comme un grand danger, soit considérée comme inutile.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes intentions dans ce post. Je ne suis ni anarchiste, ni communiste, ni nationaliste, ni rien de tout cela. Mais je suis curieuse et créative. Et choquée de voir que la triple crise qui nous frappe -économique, sociale et écologique- n’entraîne aucune remise en question de notre modèle. Où est passée notre capacité d’imagination ?

J’en veux pour preuve l’émission de France 3 « Ce soir ou jamais » du 1er avril dernier, spécial G20 : « Quelles approches pour sortir de la crise ». Nous y avons entendu des personnalités intéressantes, aux opinions divergentes : l’altermondialiste Susan George, l’économiste pro-protectionnisme européen Jean-Luc Gréau, le libéral Guy Sorman, ainsi que Lionel Zinsou, banquier d’affaires franco-africain et optimiste.

Échanges classiques, de bon ton.

Susan Georges dénonce les aberrations de la mondialisation en citant l’exemple de la banane, aux mains de 3 transnationales qui font transiter virtuellement les fruits dans plusieurs paradis fiscaux pour s’en mettre plein les fouilles et ne pas payer leur dûs à la collectivité.

C’est aussi la seule des personnes présentes sur le plateau à rappeler la question du climat et à faire le lien entre la crise économique et sociale et l’écologie, ce qui est quand-même très inquiétant à l’heure du Grenelle et des promesses d’Obama.

Jean-Luc Gréau a dit un gros-mot : protectionnisme. Et il a expliqué pourquoi il souhaitait un protectionnisme européen. Susan Georges lui est venue en aide en rappelant que les nouveaux pays riches comme Taïwan, Singapour, ou les grandes puissances comme les USA n’ont ouvert leurs frontières qu’une fois compétitifs sur le marché international. Avant, tandis qu’ils croissaient pour rejoindre les autres, ils étaient protectionnistes.

Guy Sorman, défenseur du libéralisme, considère lui que sans mondialisation des échanges, pas de développement économique. Et pour lui, le développement économique va de pair avec la démocratie. Pour asseoir son propos il cite un exemple pour le moins cocasse : le téléphone portable. Grâce à la mondialisation, le téléphone portable a vu son coût de production réduit (les conditions salariales des pays pauvres), il est ainsi devenu accessible à 2 milliards de personnes : voilà une avancée démocratique ! (je précise que je ne caricature pas du tout sa pensée).

Personne n’a convaincu personne. Chacun est resté et restera sur ses positions. Car l’argumentation est ici inutile : il ne s’agit plus d’opinion mais de foi. Comme l’a conclu Lionel Zinsou, « chacun sa croyance ».

Super. Chacun sa croyance. Et chacun son tour au pouvoir. Parfait. Un coup on régule, on contrôle les paradis fiscaux et les multinationales (ce qui serait déjà une excellente chose en effet !), un coup on ouvre les frontières, on libéralise, on laisse faire le marché. Voilà, pour moi, les deux faces d’une même médaille.

Il est pourtant grand temps d’expérimenter d’autres modèles. De généraliser par exemple les formes d’économie sociale et solidaire ou de mettre en place une économie localisée, de viser une autonomie énergétique et alimentaire des territoires, de sortir de l’individualisme, que sais-je encore. Il est temps d’inventer d’autres choses…

L’utopie, c’est, pour certains, ce qui n’a pas encore été réalisé. Pour d’autres, c’est un rêve inaccessible, une chimère. Mais quand on poursuit un rêve, on avance au moins.

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2 Réponses to “De l’utopie que diable !”

  1. Adèle Says:

    Bonjour Emmanuelle!

    Connaissez-vous la phrase de Théodore Monod?
    « L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé! »

    Quand je regarde ce système capitaliste, je me dis que mon utopie (d’un monde solidaire, enfin!) est beaucoup plus réaliste, concret et stable que le modèle qu’ils ont essayé de nous vendre (avant qu’il ne se casse la gueule…)

    J’en viens à me dire que si mon monde est une utopie, le leur est une fable du consommer pour vivre heureux.

    La question est: doit-on continuer à mettre l’Homme au service de l’économie? car la « flexibilité », la « rentabilité », la « compétitivité »… ne visent pas à développer l’Homme, même si on lui a fait croire à la « winner attitude »…

    En tout cas, en ces temps de crise, je poursuis mon bonhomme de chemin, et je prends à pleine main le seul pouvoir qu’il nous reste vraiment: le « pouvoir de non-achat » (en contrepied au fameux pouvoir d’achat… miroir aux alouettes!)

    Finalement, c’est à nous d’imposer de nouveaux modèles grâce à de nouvelles pratiques.

    Acheter moins, local, bio, d’occasion, donner au lieu de jeter, partager, faire soi-même, planter sa graine, réapprendre des savoirs anciens…

    A bientôt

  2. De l’utopie, que diable ! (2) « Néocampagne Says:

    […] mon post De l’utopie, que diable !, je rageais contre l’absence d’imagination chez nos politiques, économistes et […]

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