De l’utopie, que diable ! (2)

Dans mon post De l’utopie, que diable !, je rageais contre l’absence d’imagination chez nos politiques, économistes et intellectuels.

Entre temps, j’ai lu deux livres prometteurs. Là encore, je ne partage pas nécessairement le point de vue de leurs auteurs. Mais je me réjouis d’y voir des idées novatrices !

Du chômage à l’autonomie conviviale
Ingmar Grandstedt – Ed. A plus d’un titre, coll. La Ligne d’Horizon.

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Dans ce tout petit livre écrit en 1982, Ingmar Grandstedt propose une solution concrète pour sortir de la société du tout industriel, qui est dans l’impasse. Ému par le sort des personnes privées de travail à la suite des licenciements massifs, il propose un retour aux activités qu’il appelle vernaculaires : « Réhabiliter et recouvrer cette manière-là de produire suppose de désindustrialiser très largement l’économie pour ré-outiller les gens là où ils vivent, dans leur commune, leur quartier, leur immeuble. Cela suppose de réorienter sciences et techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. » Il ne renonce pas au mode industriel, mais il le voit limité à certaines productions où les outils autonomes seraient trop faibles. De même, il ne rejette pas la technologie, mais souhaite qu’elle s’oriente vers la création d’outils performants, réparables et vers les énergies renouvelables. Soulignons ce constat : « une grande usine de confection suppose nécessairement l’existence d’une centrale électrique, thermique ou nucléaire. Mais avec des milliers de machines à coudre autonomes disséminés dans le pays, la petite chute d’eau ou le petit générateur couplé à un combustible tiré de la biomasse deviennent opérationnels« .
Il développe son concept d’ateliers vernaculaires à plusieurs échelles -au niveau du quartier, des ateliers avec l’outillage de base, au niveau de la ville, des ateliers plus élaborés etc.- et propose une méthode pour passer de la société industrielle à cette société autonome. Il imagine pour cela des étapes : passer à 32h de travail salarié , puis à 24h hebdomadaire, la perte de revenu étant compensée par le faire soi-même. Ce faisant, il ne remet pas en cause la nécessaire professionnalisation de certains, notamment dans l’artisanat ou l’agriculture, en privilégiant les circuits courts et l’autogestion. Bref, il propose un retour à l’autonomie sans pour autant rejeter le principe de l’échange économique. Le système proposé par l’auteur permet, selon ses désirs et ses compétences, de vivre d’un métier qui a du sens ou bien de vivre de ses fabrications. Un modèle de société vraiment novateur, qui me semble pertinent à condition de ne pas tomber dans une simplicité austère, et d’être capable, aussi, d’inutile, du superflu, de fantaisie, de déraisonnable…

L’avenir est à la campagne – Solidarité – Proximité – Autosuffisance – Alternative
Bernard Farinelli – Ed. Sang de la Terre.

CV-AvenirCampagne-Presse_pteDans cet ouvrage, Bernard Farinelli défend lui-aussi le retour à l’autonomie, mais dans une version plus classique (si l’on peut dire) via le retour à la terre, le potager, l »élevage, la petite production d’énergie renouvelables, et, pour le reste, des activités commerciales et artisanales de proximité, en circuit court. Mais ce livre foisonnant (et parfois un peu confus) ne se limite pas à des critiques de la société actuelle et à des propositions, il est une réflexion profonde sur la campagne. Spécialiste du développement local (et chroniqueur à Village magazine), Farinelli analyse les représentations que l’on a de la campagne selon son milieu et son époque, questionne l’organisation des sociétés rurales, discute notre rapport à la nature et au paysage (et tous les enjeux qui en découlent : la chasse, la protection de la biodiversité…) et interroge le concept de terroir, le rôle du paysan. S’il semble flirter avec un certain passéisme (ode aux métiers oubliés, au petit patrimoine, aux gestes simples de nos aïeux), il ne tombe pas dans cet écueil et n’hésite pas, au contraire, à dénoncer cette attitude nostalgique, en rappelant tout que pouvait avoir de plombant les sociétés rurales d’autrefois. Écologiste, il prône la relocalisation de l’économie, qui passe selon lui par une vie simple en milieu rural. « Parce qu’elle contient en germe les expétiences passées -solidarité, débrouille, prévoyance, patrimoine-, parce qu’elle est un laboratoire -greffe de population et de culture-, parce qu’elle est le refuge de l’ultime naturel, la campagne autorise l’utopie« .

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2 Réponses to “De l’utopie, que diable ! (2)”

  1. adrien Says:

    Bonjour,
    J’ai bien aimé ce petit ouvrage de Grandstedt, et tant qu’à rester dans la description de solutions, d’une façon peut-être encore plus utopique (plus radicale et aussi moins réaliste ! ) il y a un petit livre intitulé Bolo’bolo, de l’anonyme « PM », aux éditions de l’Eclat : ça donne du grain à moudre derrière une forme telle que l’on sent qu’il (ou elle) ne se prend pas au sérieux même s’il l’est..
    Merci pour ce blog !

  2. emmanuellemayer Says:

    Merci à vous pour ce conseil de lecture !

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