Camp Climat : Voyage en utopie réelle

CampActionClimat_Affiche2009La semaine dernière, j’ai participé au premier Camp Action Climat français, installé du 3 au 9 août à Notre Dame des Landes dans le cadre de la Semaine de Résistance organisée par les opposants au projet d’aéroport prévu sur place.

J’ai planté la tente sur pour le plaisir de vivre pendant quelques jours avec une empreinte écologique minimale, découvrir l’autogestion en pratique, et rencontrer différentes populations militantes. Je n’ai pas été déçue !

Mixité militante

Sur le camp, il y avait des écologistes qui votent Cohn-Bendit et des autonomes adeptes des black-blocs.

Des activistes rigolos comme la Brigade Activiste des Clowns (BAC) et des rats de bibliothèques.

Des végétariens et des éleveurs.

Des jeunes filles équipées de lingettes et des décroissants pointilleux anti-rasoir jetable.

Des citadins bobo et des paysans.

Des mères de familles branchées co-écoute et développement personnel et des lesbiennes féministes

Joyeux cocktail !

Autogestion : c’est possible !

Je connaissais l’autogestion pour l’avoir vu à l’œuvre dans certaines associations et entreprises du plateau de millevaches, mais avec des équipes d’une dizaine de personnes tout au plus.

L’autogestion, c’est une façon de s’organiser collectivement, sans chefs ni responsables de quoi que ce soit.

Là, nous étions 600, et l’autogestion concernait aussi bien la vie quotidienne (cuisine, vaisselle, vidage des toilettes sèches, permanence…) que les actions contre l’aéroport (la raison initiale de la présence du camp) ou l’organisation d’activités sur place (débat sur le concept de nature, cours de chant, atelier sur la fabrication du pain).

Le campement était divisé en plusieurs quartiers ou barrios, tous dotés d’une cuisine. Chaque matin se tenait une AG de quartier pour discuter aussi bien du fonctionnement du prix libre que de la nécessité d’ajouter des panneaux devant les poubelles de tri ou encore de l’animation de l’espace enfant…

Les décisions, s’il y en a à prendre, se font au consensus, via des gestes : on secoue les mains en haut pour dire qu’on est d’accord, en bas pas d’accord. Le poing levé signifie une opposition formelle (il faut alors rediscuter), les mais devant soi signifient la mise en retrait etc.

Dans ce type d’AG, « il faudrait peut-être rappeler le coût de revient d’un repas » devient « je propose de faire un nouveau panneau pour mettre le coût de revient d’un repas ». Voir « je propose qu’avec ceux que ça intéressent, on se retrouve à 14h pour fabriquer de nouveaux panneaux ».

Deux personnes se désignent pour aller à la réunion Inter-quartier qui chaque matin fait le point. Le « compte-rendu » de cette réunion se fait sous forme de criée publique par des volontaires.

Vous avez envie de monter une chorale militante sur le camp, d’améliorer l’état des douches, de sensibiliser aux charmes du voyage à vélo ? Faites-le ! Hop, une inscription sur le vaste panneau « ateliers » situé à l’accueil, et c’est parti. Il vous suffit de mettre une heure et un lieu (au choix parmi les nombreuses yourtes et chapiteaux installés)

Le même système d’inscription fonctionne pour les actions de la vie quotidienne que sont la vaisselle, la cuisine, la vidange des toilettes sèches, les permanences à l’accueil, au Média Center, à l’espace enfants et la gestion de l’Economat (garde-manger).

Sur place également, un espace-écoute, où des volontaires formés sont là pour soulager les maux de l’âme et une tente. Deux médecins sont volontaires sur le camp et nous avons testé un système d’alerte d’un efficacité redoutable en cas de malaise . On crie « urgence yourte jaune près des toilettes » et le message se propage de cris en cris sur le tout le camp. En moins de deux minutes, les médecins accourent.

En quelques jours sur le camp, j’ai été bluffée par la réussite d’une organisation auto-gérée.

Bien-sûr, un certain nombre de règles avaient été décidées en amont (en autogestion aussi), et l’impressionnante installation était déjà en place (piquets pour dégager des allées suffisamment larges pour le passage des pompiers, tentes, chapitaux, yourtes, tuyauteries, accès eau, éolienne, toilettes sèches, cabines de douches en palettes et tissus etc. etc.). Mais là encore, tout citoyen motivé pouvait participer à la préparation.

Désaccords et difficultés

affichesA3COULEURCar malgré tout, il y a a eu !

La première concerne les médias. Une règle définie en amont, courante dans les camps climats et autres campements anti-G8 ou Otan, interdisait le campement de journalistes, n’autorisant leur venue qu’accompagné d’un référent. Et voilà que Laure Noualhat, excellente journaliste à Libé, Siné Hebdo et Terra Eco, bien connue des milieux écolos et décroissants, s’est pointé la tente sous le bras. Une réunion pour décider de son sort a été mise en place, pour ceux que le sujet intéressait. Nous n’étions qu’une quinzaine, avec une moitié de pro-médias (dont moi) et une autre moitié clairement anti. La discussion s’est enlisée. Entre moi, qui passait pour une fleur bleue, et mon voisin, autonome et parano, le consensus n’a pas pu être trouvé. Nous avons décidé de ne pas faire exception à la règle, car nous n’étions pas assez nombreux pour la modifier, surtout que le camp était déjà bien avancé. J’étais honteuse pour Laure (qui a pu tout de même camper à côté, chez les Objecteurs de Croissance). Mais compréhensive tout de même. Car les choses ne sont pas si simples. Le Camp Climat, en tant que tel, n’avait pas pour objectif de provoquer un buzz médiatique contre l’aéroport. C’est la Semaine de Résistance qui avait cet objectif. Le Camp climat est considéré comme un lieu de vie, où se prépare des actions, pas un zoo… Néanmoins je reste opposée à cette règle, qui a d’ailleurs choqué tous les journalistes. Journalistes qui, s’ils avaient pu camper, auraient peut-être davantage parlé des joies de l’autogestion… (lire à ce propos l’article de Laure Noualhat pour Libé et celui de Philippe Cohen pour Marianne qui, semble t-il, l’a joué incognito ce qui, finalement, est peut-être la meilleure solution…

Autre point de dissensus : l’action dite d' »auto-réduction » au Super U. Un petit groupe d’autonomes a cru bon de débouler cagoulés pour se servir dans les rayons du supermarché, et de ramener ce butin volé au camp. Inutile de dire que nous étions très nombreux à désapprouver cette action, d’autant plus illégitime sur un camp où l’on ne manque pas de victuailles.(cf article de Marianne sur le sujet)

L’aéroport

Deux raisons m’ont amenées à me situer contre ce projet :

– Le site choisi est agricole. 2000 hectares noyés sous le bitume et 50 exploitations agricoles détruites si l’aéroport est construit !

– Investir dans l’aérien à l’heure du réchauffement climatique et de la fin du pétrole, c’est une pensée à court-terme, qui fait fi du développement durable. Je ne prône pas la fin des voyages en avion, simplement la diminution du flux aérien, notamment pour les marchandises.

Si vous vous demandez à quoi ça ressemble, en images, un camp climat, allez visionner les vidéos

Étiquettes : , ,

7 Réponses to “Camp Climat : Voyage en utopie réelle”

  1. participant au CAC Says:

    « Inutile de dire que nous étions très nombreux à désapprouver cette action, d’autant plus illégitime sur un camp où l’on ne manque pas de victuailles. »

    Mais rappelons malgrés tout que le fait d’acheter des légumes bio, même revenant moins cher étant acheté en gros, aidait à faire en sorte que l’estimation des dépenses par personne était d’à peu prés 10€ par jour, ce que tout le monde ne peut pas forcément s’accorder. Même avec le prix libre quand il revient des fois à avoir une personne qui matte ce que tu met dans le pot, avec un regard désapprobateur si tu ne met rien ou pas assez. Il y avait même tellement de bouffe que le CAC a dû en revendre, sans quoi il aurait eu du mal à ne pas faire de déficit.
    Rappelons aussi l’air joyeux des enfants qui pillèrent gaiement les bonbons, les chocolats. Il n’y a pas qu’eux qui ont eu l’air de se régaler, et, si apparement les gens qui désapprouvait cette action était très nombreux, ils furent aussi trés nombreux à se servir dans les « victuailles ».
    Le lien entre l’urbanisation que représente un aéroport ou une superette d’une marque qui est parmi les leaders dans le business de faire fermer les commerces des villages tellement elle est implantées partout, moi je peux le comprendre. En plus il semble que ce supermarché soit déjà toucher par un boycott de la population locale, pour une histoire autour de l’aéroport…
    Et puis pour une fois que les flics ont rien pu faire, même pas un coup de flashball… Des fois on dirait que les gens veulent changer le monde et croit que les personnes qui le possède leur donneront comme ça sans résister…

  2. emmanuellemayer Says:

    Merci pour ce commentaire intéressant. J’ai eu l’impression que cette action était désapprouvée par beaucoup mais peut-être me trompe-je. En tout cas, je continue de penser qu’elle n’était pas légitime, en comparaison par exemple à des actions similaires réalisées par des groupes de chômeurs à Noël.

    Juste pour rebondir sur le prix libre : je n’ai pas eu la même impression que toi à propos des regards désapprobateurs et tout. Au contraire, j’ai eu vraiment la sensation que l’on pouvait mettre ce que l’on voulait, rien du tout ou beaucoup, personne ne regardait dans la caisse.

    Ca me fait dire que j’ai zappé de parler du prix libre dans mon post !!!

    Donc je le dis : tout était à prix libre (le camping et la bouffe), avec un coût de revient affiché, pour donner une idée. C’était 4€ le camping et 3 € le repas par personne (bon, le repas). Soit une dizaine d’euros par jour.

    Et même si les riches n’était pas les plus nombreux, ceux qui, dans mon entourage, disposent de revenus confortables n’ont pas hésité à donner deux fois plus, justement pour que ceux qui n’ont pas un clou puissent se passer de donner.

  3. autre participante au CAC Says:

    De mon côté, je n’ai pas senti non plus ce regard désapprobateur que tu décris si on ne mettait rien dans les pots. Je n’avais pas un rond sur moi et n’ai rien donné sur le coup (je compte faire un petit virement ces jours-ci ! ;))
    J’ai aussi entendu des commentaires moqueurs genre « ouais ouais, c’est prix libre mais en fait c’est dix euros minimum hein ! » – en fait la suggestion donnait une indication sur le prix de revient, mais l’idée était d’équilibrer entre ceux qui pouvaient mettre plus et ce qui ne pouvaient pas mettre autant ou pas du tout. Le système de prix libre était là précisément pour faire fonctionner cette solidarité, donc c’est vraiment dommage si de ton côté tu as senti ces « regards de travers ». C’est ce que c’est censé éviter !
    Mais le camp est rentré dans ses frais, même un peu plus, donc il semble ça a plutôt bien fonctionné !

  4. Transversel Says:

    Une semaine très chargée, beaucoup d’émotionnel et surtout la rencontre avec la Diversité.
    Ce que j’attendais depuis plusieurs années avec les rencontres de « S!LENCE » la revue écologiste-décroissante de l’association de Lyon.
    Pour une fois les ami(e)s de S!LENCE se sont retrouvé(e)s dans l’Action…

    Et cela ce fut très positif, bien que certain(e) ne prirent pas part à ces rencontres , craignant les confrontations avec les milieux policiers.

    Alors oui, le prix LIBRE, les actions sur place, la diversité et la rencontre avec les ami(e)s du pays nantais…vraiment un très bon souvenir…

    J’ai vécu à la suite de cela l rencontre des sélistes de France à Carpentras et là j’ai senti beaucoup plus de contrôle et d’enfermement… Normal , c’était dans un lycée agricole et dans un lieu plus fermé…

    Sinon , j’aime bien la façon comme tu présentes cette semaine d’actions.

    Bien cordialement

    Le Collectif Transversel

  5. Pepe de Bienvenida Says:

    Une vraie réussite que ce camp. Et une ambiance! Concernant les repas et l’hébergement, chacun payait quand il voulait, par exemple 20 euros d’un coup (c’est comme ça que je faisais en tout cas), donc je ne vois pas pourquoi on aurait surveillé le paiement à chaque repas/nuitée … Ce qui est sympa, c’est que contrairement à l’image du jeune en perte de repères et préoccupé uniquement par son image et son confort, ceux que j’ai vus là sont loin d’être des fainéants et ont des convictions chevillées au corps; bref un engagement admirable.
    Continuons!

  6. emmanuellemayer Says:

    Merci pour vos commentaires qui nous font partager votre enthousiasme pour le CAC !

  7. Un été militant en Allemagne 2/2 – Une semaine au Camp action climat 2014, au coeur de la lutte contre les mines de charbon à ciel ouvert en Allemagne | Les échos du vent Says:

    […] https://neocampagne.wordpress.com/2009/08/16/camp-climat-voyage-en-utopie-reelle/ […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :