Qui sont les campagnards pauvres ?

Je viens de lire le rapport Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural réalisé par la mission conjointe du Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux (CGAAER) et de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), sorti en sept 2009. En moyenne, les ruraux sont plus souvent pauvres que les urbains. Selon le rapport, ces pauvres sont :

1) Des ruraux d’origine : agriculteurs, ouvriers victimes dés-industrialisation, personnes âgées à faibles revenus (souvent mal logées), des jeunes sans qualification et les salariés précaires de l’artisanat et de l’agriculture (type cdd, saisonniers).

2) Des néo-ruraux : des familles venues pour des raisons de coût du logement, qui se retrouvent confrontées à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement (nécessité d’avoir deux voitures, difficultés de garde d’enfants, d’accès à l’emploi ainsi que la difficulté à demander de l’aide). Le rapport évoque également les familles urbaines pauvres, habituées des services sociaux, qui viennent s’installant en milieu rural pour s’en sortir plus facilement. Pour ces personnes, soit l’installation à la campagne est une réussite, elles s’adaptent, font des petits boulots, un peu de jardin etc., soit au contraire elles se referment complètement et la situation empire. Il y a également des jeunes en « errance », qui rejettent la société et ont trouvé un « refuge dans un bout de caravane ou de garage ». Selon le rapport, certains d’entre eux sont en grande souffrance.

Je me réjouis de voir que les néo qui créent des activités innovantes type agri-ruralité (ensemble d’activités variées -artisanat, tourisme, agriculture, art…- sur une petite ferme) ne sont pas stigmatisés, le rapport évoque simplement une certaine vulnérabilité due à la prise de risque que nécessite l’innovation.

Le rapport propose 4 points à approfondir : l’impact de la monoparentalité, l’endettement (agriculteurs, immobilier), la drogue et l’addiction (circulation facile des produits) et le manque cruel d’accès aux soins psychologiques et psychiatriques. Sur ce dernier point, on peut lire que « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on.  » Voilà qui rejoint les propos de la psy dans le reportage « Journal d’une psy de campagne » dans Psychologies magazine*.

Enfin, le rapport préconise plusieurs pistes, à commencer par la nécessité d’agir au niveau intercommunal et de décloisonner les interventions des organismes sociaux et des administrations. Il incite à intégrer le volet social au projet de développement local et à étendre nombre de dispositifs connus en milieu urbain et péri-urbain (logement social, dispositifs d’insertions…).

*Psychologies magazine, septembre 2010. Un article intéressant mais assez parisien et qui, en décrivant les problèmes psychologiques spécifiques des ruraux, donne une vision très négative de la vie à la campagne (genre le petit village auvergnat austère, des gens silencieux, des rumeurs et des ragots…)

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