La campagne à la ville, ou la ville à la campagne ?

Il y a quelque temps, j’ai reçu ce message de Thomas :

La campagne c’est plus tendance !

Juste un petit mot pour confronter a votre sagacité un sentiment un peu confus mais tenace. Après 10 ans passé en Creuse J’ai l’impression que la campagne n’attire aujourd’hui plus du tout. Fini la grande vague du retour a la terre du début des années 2000, du rêve de la vie dans la petite maison en pierre apparente au milieu des bois.

Aujourd’hui c’est tout l’inverse: la campagne n’est plus tendance.. je ne cesse de rencontrer de jeunes gens qui ne jurent plus que par la ville. Hors de question pour eux (pour elles) d’être dépendant de la voiture. Hors de question de se fatiguer a faire du bois, un potager, de vivre isolé. Au contraire c’est la grande mode de la vie communautaire en ville, de « l’éco-quartier » qui sera bien plus écolo bobo bio que la vie en hameau.. dans l’espace urbain: liberté de circuler en vélo, de sortir le soir, de trouver facilement son AMAP, son petit marché de producteurs « locaux »… alors que la campagne, berk , c’est froid et c’est triste.

Bref cette tendance écolo citadine me déroute, m’agace.. mais je la comprends également. Comment ne pas vouloir vivre la facilité ?

Du coup , pour la Creuse, je suis pessimiste: département décidément bien mal barré: y’a qu’a voir les annonces des maisons qui stagnent dans les vitrines des agences immobilières… et les agences qui ferment a tour de bras. Sans parler des services qui continuent a se faire la malle: plus de radiothérapie ici. Pour avoir une vie facile (voir digne d’interêt).. les ruraux, citoyens de seconde zone, n’ont qu’a aller vivre en ville.

Qu’en pensez vous ?

Tout d’abord, je constate que certaines théories écologistes fustigent la vie à la campagne au motif que les déplacements y sont couteux en carbone. Ces experts-là prônent la métropolisation : d’immenses villes denses, pleines d’innovations écologiques et reliées par TGV, et des campagnes productives (champs, usines…) ou récréatives (réserves naturelles…), bref sacrifiées au lieu d’être dynamisées.

Toutefois, je suis bien d’accord avec la nécessité de densifier. C’est du bon sens urbanistique ! Le foncier doit être réservé aux usages agricoles, à la forêt, à la biodiversité, pas au Super U. Il faut cesser cette artificialisation des terres, arrêter de bétonner et d’étendre les villes à l’infini  (dans le genre, la nouvelle ZI de Limoges, avec Leroy Merlin et Alinéa est un modèle : on dirait un genre de ville nouvelle, à des kilomètres et des kilomètres de Limoges… flippant !). Même chose à la campagne : non au lotissement trop loin du centre-bourg. Je suis même pour des maisons mitoyennes plutôt qu’isolées en parcelles. Quant à la petite maison dans la pampa, elle a un coût énergétique élevé tant en chauffage qu’en déplacements polluants. Sauf si elle est associée à un mode de vie autonome (grand potager, bois, basse-cour etc.).

C’est pour cette raison que les écoquartiers attirent ceux qui voulaient quitter la ville pour s’installer en campagne. Car ces personnes cherchent avant tout à se rapprocher de la nature, à bénéficier d’un logement plus vaste, plus écolo, avec un potager… Autant d’avantages qu’elles peuvent rencontrer dans un écoquartier urbain, les voisins sympas en prime et la dépendance à la voiture en moins ! Comme le dit justement Thomas, l’écoquartier, « c’est la campagne à la ville, c’est à dire avec la liberté de circuler à vélo, de sortir le soir, de trouver facilement son AMAP, son petit marché de producteurs « locaux » » -oui, ils peuvent l’être ! -.

Mais à la-campagne-à-la-ville, on peut opposer (ou ajouter) la-ville-à-la-campagne ! Meymac, Felletin ou encore Eymoutiers (pour citer les bourgs que je connais, sur le plateau), voilà des toutes petites villes, des bourgs de 2000-3000 habitants, où il est possible de vivre en maison mitoyenne, avec des voisins sympas, de cultiver pourquoi pas un potager commun, de circuler à vélo, de se ravitailler au marché de producteurs vraiment locaux, d’acheter collectivement en groupements d’achats… Je le sais : je le fais ! Je crois à l’avenir de ces bourgs ruraux, qui se sont dépeuplés au profit des grandes villes et des campagnes isolées. Les maisons de village comme celle que j’ai acheté n’avaient aucun succès… et ça commence à changer. Chez moi, le centre bourg se re-peuple de jeunes et de familles.

La vie dans ce type de ville/village (en gros entre 2000 et 6000 habitants, hors communes de banlieue), c’est bénéficier de tous les services (collèges, écoles…), commerces de base et loisirs à deux pas. Moi le matin, je pars à la crèche à pied, j’en ai pour 3 minutes chrono. Quand je dois aller à la Poste, c’est une minute. Le relais-colis, 2 minutes, le médecin 10 minutes à pied etc. Quelle qualité de vie ! Il y a aussi la joie de vivre entouré, de saluer les ados qui traînent, les commerçants bavards, de se tenir informé des évènements juste en papotant au marché… Le bonheur de manger de l’agneau élevé par des amis à moins de 10 km, des légumes cultivés bio à moins de 5 km…

La différence avec l’écoquartier des villes ?

Ben ça coûte beaucoup moins cher !

(et, allez, avouons… parfois H&M et Zara sont un peu loin…)

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4 Réponses to “La campagne à la ville, ou la ville à la campagne ?”

  1. Perry P Says:

    Bonjour,

    Je partage totalement votre avis sur cette idée « écologique », portée par un courant de géographes-urbanistes, qui ne prennent pas en compte le coût social d’une telle urbanisation En poussant à l’extrême, on reviendrait presque à justifier les ZUP !

    Effectivement, les villes (ou bourgs » de 3 à 6000 habitants me paraissent de taille idéale pour conjuguer les services collectifs et limiter les déplacements, tout en donnant les possibilités de créer du lien social.

    Mais en Creuse, que reste-t’il comme villes de cette taille ? On retombe toujours sur le tryptique La souterraine, Aubusson Bourganeuf. Boussac a un certain dynamisme économique, mais commence tout juste à s’équiper, Auzances périclite. Mais oui à Felletin qui réussit à tirer son épingle du jeu malgré sa proximité d’Aubusson.

    Sur un autre sujet, je vous informa que la Caf de la Creuse organise une conférence de presse mercredi 20 octobre pour présenter sa plate-forme téléphonique expérimentale.

    Depuis le 1er juin, nous avons mis en place une plate-forme d’une douzaine d’agents (creusois) qui traitent une partie des communications téléphoniques de la Caf de Paris, et avec succès. Cette expérience, d’abord de 6 mois va se poursuivre jusqu’en mai 2012, avec pour objectif de la faire perdurer au delà.

    Nous essayons par là de démonter que les nouvelles technologies rendent possible de déconcentrer le travail des grandes villes, au profit des campagnes, là où avec le m^me salaire , on dispose d’un meilleur pouvoir d’achat, avec du personnel plus stable.

    Si vous êtes intéressée pour un sujet d’article, je suis à votre disposition

    Cordialement et bon week-end au coin du feu.
    P. Perrichon

  2. Emmanuelle Says:

    Cette initiative de la Caf est intéressante et montre une nouvelle forme de décentralisation !

  3. Thomas Says:

    Bonjour

    Merci d’avoir tenu compte de mon premier courrier et d’en avoir fait un sujet sur votre site. Les commentaires que vous faites m’en appellent d’autres et sans vouloir tartiner à loisir sur une question sans fin, voici ce que j’en retiens:
    -Vous semblez partager mon état d’esprit: la vie apparait aujourd’hui tellement plus sympa dans les petits bourgs que dans la campagne isolée qui faisait rêver naguère. J’ose le clin d’oeil :Verrait on aujourd’hui le dessinateur Manu Larcenet publier son « retour a la terre » avec un héros isolé de tout, ou bien l’écrivain Peter Mayle rencontrer le même succès en racontant sa vie d’urbain qui retrouve le gout de la campagne (huppée) de Provence ? Il y’a eu une mode.. peut être reviendra t’elle.
    -Vous faites l’apologie des bourgs a taille humaine de 2 mille a 6 mille habitants, ou tout se fait a pied, et où l’on trouve a priori tous les services. Oui, mais formellement , au delà de 2 mille habitants, on vit en ville, plus en « campagne » pure et dure.. bon je joue sur les mots, mais là encore ce n’est plus le rêve de vie sauvage et indépendante qui a prévalu naguère.
    -L’avenir est a l’Eco-quartier. On est bien d’accord: c’est le mot a la mode , celui qui recueille tous les suffrages. Ne dites plus comme nos parents « je fais construire en lotissement » , mais « j’ai un projet de maison en éco-quartier ». Je m’interroge juste sur , a terme , la différence entre ces deux zones pavillonaires. L’eco quartier , c’est la nouvelle tarte a la crême.. un concept aussi fourre tout que « developpement durable » . Il faut savoir qu’il n’existe aucun label eco quartier et que chaque maire, promoteur met ce qu’il veut là derrière. Voila un beau sujet d’article. Comment définir un tel concept: 3 arbres dans un terrain en friche vont ils faire de ma nouvelle résidence un éco quartier… et puis, si j’ai envie de construire une maison en paille, ou en parpaings bois, aurai-je la liberté d’installer l’été une piscine hors sol pleine de chlore pour le bonheur des gamins? ou bien serai je condamné a ne jamais laisser tomber le jardin communautaire (sans engrais)
    -Enfin , une remarque qui me déstabilise , pourquoi les voisins de l’Eco quartier seraient ils forcément plus « sympas » qu’ailleurs ? Parce qu’il y’ aura une sélection (par l’argent inévitablement) qui va regrouper les gens ayant peu ou prou le même genre d’idées (a t’on le droit d’être chasseur si on est en eco quartier, d’aimer le quad ou les 4×4) ?.. bon je fais un peu de mauvais esprit, mais finalement l’eco quartier des petits bourgs de campagne ne va t’il pas simplement correspondre au quartier bobo des grandes villes (Avec ses côtés attachants… et agaçants)
    -Enfin , je termine sur une note personnelle: j’ai pris mes distances avec la campagne et suis retourné vivre en ville, mais je ne regrette pas une seconde le plaisir que j’ai pu connaitre sur mon ile verte. Le seul problème , c’est qu’elle était bien souvent déserte . Je m’interroge vraiment sur le devenir de la campagne: a t’elle un avenir ? Y’aura t’il une nouvelle mode qui poussera les jeunes urbains (et les autres) a regagner les petits villages, ou bien certaines cours d’école, places de village resteront elles à jamais vides? La réponse, évidemment , dépend sans doute du dynamisme du gros bourg ou de la ville qui en sera proche.
    Merci pour votre blog.

    Cordialement
    Thomas des bois, néo urbain.

  4. Emmanuelle Says:

    Vous avez raison, on peut débattre sans fin… mais j’ai quand même envie de commenter votre commentaire (!).
    – Je ne pense pas que la « mode » de la vie en campagne isolée soit terminée. Je prône la vie en bourg mais je vois bien qu’ils sont encore nombreux à ne jurer que par le hameau paumé, principalement pour avoir du terrain (pour un grand potager, des poules, du bois etc.). Mais en effet, de nouvelles tendances de société sont apparues et Manu Larcenet aurait peut-être de nouveaux gags dans son Retour à la terre…
    – Oui, 2000 habitants, ce n’est plus une « commune rurale ». Mais à mon avis, si cette petite ville est située sur un territoire rural (et pas en banlieue quoi), alors on est bien en campagne…
    – Je partage à 100% votre avis sur les écoquartiers. Chacun met en effet ce qu’il veut derrière, certains sont des lotissements avec quelques mesurettes vertes, d’autres sont extrêmement militants, mais risquent l’entre-soi sectaire.
    – Oui, je pense que la campagne a un avenir. D’une parce qu’il y aura toujours des ruraux « de souche » qui n’auront pas envie d’aller vivre en ville, d’autre part parce qu’il y aura toujours des urbains en quête de silence et d’espace pour leurs enfants. En réalité, il faut cesser de voir les migrations ville-campagne comme des phénomènes irréversibles. Cela correspond à des moments dans la vie. Les études se font en ville, certains boulots ne se font qu’en ville, d’autres se pratiquent plus aisément en campagne. La vie avec de jeunes enfants est bien adaptée à la campagne tandis que les personnes âgées ont tout intérêt à retourner en ville (ou bien du hameau au centre-bourg). On est dans une société mobile ! Enfin, sur l’avenir des campagnes, il est évident que certains territoires vont continuer à se dépeupler tandis que d’autres vont attirer des dynamiques… La différence se fera au niveau de la motivation des élus à mener des politiques locales d’accueil de nouveaux habitants (ce qui signifie agir pour rendre attractif le territoire tant que niveau économique qu’en terme de logements ou de services…).
    Bon retour en ville !

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