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La campagne à la ville, ou la ville à la campagne ?

14/10/2010

Il y a quelque temps, j’ai reçu ce message de Thomas :

La campagne c’est plus tendance !

Juste un petit mot pour confronter a votre sagacité un sentiment un peu confus mais tenace. Après 10 ans passé en Creuse J’ai l’impression que la campagne n’attire aujourd’hui plus du tout. Fini la grande vague du retour a la terre du début des années 2000, du rêve de la vie dans la petite maison en pierre apparente au milieu des bois.

Aujourd’hui c’est tout l’inverse: la campagne n’est plus tendance.. je ne cesse de rencontrer de jeunes gens qui ne jurent plus que par la ville. Hors de question pour eux (pour elles) d’être dépendant de la voiture. Hors de question de se fatiguer a faire du bois, un potager, de vivre isolé. Au contraire c’est la grande mode de la vie communautaire en ville, de « l’éco-quartier » qui sera bien plus écolo bobo bio que la vie en hameau.. dans l’espace urbain: liberté de circuler en vélo, de sortir le soir, de trouver facilement son AMAP, son petit marché de producteurs « locaux »… alors que la campagne, berk , c’est froid et c’est triste.

Bref cette tendance écolo citadine me déroute, m’agace.. mais je la comprends également. Comment ne pas vouloir vivre la facilité ?

Du coup , pour la Creuse, je suis pessimiste: département décidément bien mal barré: y’a qu’a voir les annonces des maisons qui stagnent dans les vitrines des agences immobilières… et les agences qui ferment a tour de bras. Sans parler des services qui continuent a se faire la malle: plus de radiothérapie ici. Pour avoir une vie facile (voir digne d’interêt).. les ruraux, citoyens de seconde zone, n’ont qu’a aller vivre en ville.

Qu’en pensez vous ?

Tout d’abord, je constate que certaines théories écologistes fustigent la vie à la campagne au motif que les déplacements y sont couteux en carbone. Ces experts-là prônent la métropolisation : d’immenses villes denses, pleines d’innovations écologiques et reliées par TGV, et des campagnes productives (champs, usines…) ou récréatives (réserves naturelles…), bref sacrifiées au lieu d’être dynamisées.

Toutefois, je suis bien d’accord avec la nécessité de densifier. C’est du bon sens urbanistique ! Le foncier doit être réservé aux usages agricoles, à la forêt, à la biodiversité, pas au Super U. Il faut cesser cette artificialisation des terres, arrêter de bétonner et d’étendre les villes à l’infini  (dans le genre, la nouvelle ZI de Limoges, avec Leroy Merlin et Alinéa est un modèle : on dirait un genre de ville nouvelle, à des kilomètres et des kilomètres de Limoges… flippant !). Même chose à la campagne : non au lotissement trop loin du centre-bourg. Je suis même pour des maisons mitoyennes plutôt qu’isolées en parcelles. Quant à la petite maison dans la pampa, elle a un coût énergétique élevé tant en chauffage qu’en déplacements polluants. Sauf si elle est associée à un mode de vie autonome (grand potager, bois, basse-cour etc.).

C’est pour cette raison que les écoquartiers attirent ceux qui voulaient quitter la ville pour s’installer en campagne. Car ces personnes cherchent avant tout à se rapprocher de la nature, à bénéficier d’un logement plus vaste, plus écolo, avec un potager… Autant d’avantages qu’elles peuvent rencontrer dans un écoquartier urbain, les voisins sympas en prime et la dépendance à la voiture en moins ! Comme le dit justement Thomas, l’écoquartier, « c’est la campagne à la ville, c’est à dire avec la liberté de circuler à vélo, de sortir le soir, de trouver facilement son AMAP, son petit marché de producteurs « locaux » » -oui, ils peuvent l’être ! -.

Mais à la-campagne-à-la-ville, on peut opposer (ou ajouter) la-ville-à-la-campagne ! Meymac, Felletin ou encore Eymoutiers (pour citer les bourgs que je connais, sur le plateau), voilà des toutes petites villes, des bourgs de 2000-3000 habitants, où il est possible de vivre en maison mitoyenne, avec des voisins sympas, de cultiver pourquoi pas un potager commun, de circuler à vélo, de se ravitailler au marché de producteurs vraiment locaux, d’acheter collectivement en groupements d’achats… Je le sais : je le fais ! Je crois à l’avenir de ces bourgs ruraux, qui se sont dépeuplés au profit des grandes villes et des campagnes isolées. Les maisons de village comme celle que j’ai acheté n’avaient aucun succès… et ça commence à changer. Chez moi, le centre bourg se re-peuple de jeunes et de familles.

La vie dans ce type de ville/village (en gros entre 2000 et 6000 habitants, hors communes de banlieue), c’est bénéficier de tous les services (collèges, écoles…), commerces de base et loisirs à deux pas. Moi le matin, je pars à la crèche à pied, j’en ai pour 3 minutes chrono. Quand je dois aller à la Poste, c’est une minute. Le relais-colis, 2 minutes, le médecin 10 minutes à pied etc. Quelle qualité de vie ! Il y a aussi la joie de vivre entouré, de saluer les ados qui traînent, les commerçants bavards, de se tenir informé des évènements juste en papotant au marché… Le bonheur de manger de l’agneau élevé par des amis à moins de 10 km, des légumes cultivés bio à moins de 5 km…

La différence avec l’écoquartier des villes ?

Ben ça coûte beaucoup moins cher !

(et, allez, avouons… parfois H&M et Zara sont un peu loin…)


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