Posts Tagged ‘relocalisation de l’économie’

Entreprises innovantes en Limousin

14/10/2009

Qu’on se le dise, à la campagne, il n’y a pas que des fermes et des commerces et services de proximité. La haute technologie, le PME innovantes, ça existe aussi en Creuse. Citons par exemple EMIX, qui produit des éléments de panneaux photovoltaïques au beau milieu des champs ou presque (dans la ZAC de La Souterraine en l’occurrence). Je pense aussi à 3SI, qui édite des logiciels spécialisés à Guéret. Ou Camera Contact, lauréate du Concours national Oseo, Ka Games, jeune société conceptrice de jeux vidéos en ligne…

Lecteur assidu, tu te demandes ce que j’ai à soudain parler d’industries de pointe et de starts-up ?

Oui, c’est vrai, je défends la relocalisation de l’économie. Mais de l’économie de base (nourriture, énergie, vêtements…), pas la fin du progrès ! Surtout que ces boîtes se développent et créent des emplois pour des diplômés. Qui a dit que pour trouver du boulot, il fallait chercher dans les grandes métropoles ? J’ai déjà rencontré des employeurs qui avaient un mal fou à recruter des ingénieurs parce que ces derniers préfèrent La Défense à la Creuse.

Entre le prestige et la qualité de vie, pour moi c’est vite vu !

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De la relocalisation à la décroissance… ou au développement durable ?

05/02/2009

J’ai déjà évoqué l’importance de relocaliser l’économie ou plutôt de créer une économie localisée pour favoriser le développement des territoires ruraux mais aussi pour inventer un nouveau modèle de société, plus écologique et sociale. J’ai aussi abordé la question de l’autonomie (vie en auto-suffisance). Il est donc logique que je m’aventure sur le terrain de la décroissance, ce mot-qui-fait-peur mais qui, pourtant, sous-tend une idéologie moins négative qu’elle ne paraît et ouvre différentes perspectives en terme de projet de société.

Pour cela, je vous propose un petit compte-rendu d’une conférence de Serge Latouche, l’économiste le plus prolixe sur la question, qui s’est tenue cette automne à Paris, organisée par les JNE (journalistes pour la nature et l’écologie, dont je suis membre).

Origine du concept de décroissance

La décroissance vient de la rencontre de deux courants de pensées :

– l’écologie politique : le Club de Rome, les intellectuels comme André Gorz ou Bernard Charbonneau, le scientifique Georgescu Roegen, à qui l’on attribue la paternité du mot décroissance (en fait, c’est à son traducteur que l’on doit le terme). Pour ces penseurs, seule la sobriété peut permettre de résoudre la crise écologique puisque la seconde option, la foi en la techno-science (scientisme), conduit à une crise sociale et déshumanise

– la critique du développement : des penseurs comme Ivan Illich et François Partant, pour qui l’idéologie du développement n’est que la poursuite des pratiques colonialistes et reflète une velléité d’occidentaliser le monde. En toile de fond, la critique de la société de consommation et de ses 3 piliers : la publicité, l’obsolescence programmée et le crédit.

Au début des années 2000, le développement durable fait son entrée et La Ligne d’Horizon (l’association des amis de François Partant) s’inquiète de ce concept qui leur semble n’être que le nouveau visage de l’idéologie du développement qu’ils critiquent. Cette association organise donc en mars 2002 un colloque international à l’Unesco sur le thème de l’après-développement. Là, ça a fait « tilt » : la décroissance a permis la convergence de ces deux courants.

Un mot communiquant

Le mot « décroissance » a été choisi pour son côté communiquant, plus parlant que la notion d »après développement ». Dans un monde de communication, il fallait un mot un peu slogan, qui puisse susciter des réactions. C’était important face à l’inertie actuelle. Avec le mot décroissance, on se focalise sur la base des problèmes : la croissance à l’infini n’est pas soutenable car les ressources de la planète sont limitées, et elle n’est pas souhaitable d’un point de vue social. Pour le reste, les divergences sont nombreuses car la décroissance a donné naissance à plusieurs courants de pensée.

Trois contre-sens à propose de la décroissance
Où les sceptiques se rendent compte qu’il ne s’agit pas du tout de revenir à la bougie

1) la décroissance n’est pas la récession ni la croissance négative, ni la croissance zéro.
La crise actuelle n’a rien à voir avec la décroissance. Et pour cause, il n’y a rien de pire qu’une croissance négative dans une société bâtie sur la croissance, c’est que nous vivons en ce moment (nous et nos portes-monnaies !). La décroissance, c’est une invitation à créer un nouveau projet de société qui ne serait plus basé sur la croissance.

2) la décroissance est technophobe
La décroissance dénonce le scientisme, mais pas la science et n’a rien contre la recherche en médecines préventives, agrobiologie etc.

3) la décroissance, c’est revenir à l’âge de pierre, la bougie, le moyen-âge…
Il y a moins d’une cinquantaine d’années, on ne vivait pas à la bougie et pourtant, l’empreinte écologique des Français était soutenable c’est à dire équivalente à une planète (rappelons que si tout le monde vivait comme nous aujourd’hui, il faudrait 3 planètes). Qu’est-ce qui nous a fait passé en quelques années de 1 à 3 planètes ? La mondialisation économique et libérale. Dans les années 60, quand on achetait à l’époque un yaourt à la fraise, ce produit et ses différents ingrédients n’avaient pas fait des milliers de kilomètres avant d’arriver à l’épicerie. On peut culpabiliser le citoyen autant qu’on veut en l’exhortant à pratiquer des petits gestes verts, mais ce n’est pas lui qui pollue, c’est le système.

A ce compte-rendu des propos de Serge Latouche, j’ajouterai que la décroissance s’applique aux pays riches, développés. Il ne s’agit pas de laisser le Sud crever ! En revanche, leur imposer notre modèle de développement est absurde quand on voit où cela nous a conduit : crise économique, écologique et sociale.  Il va de soi que les objecteurs de croissance souhaitent que chacun puisse avoir accès à de l’eau potable, à une nourriture saine et à un habitat confortable !

Une décroissance plurielle

Finalement, la décroissance, c’est simplement le refus du mythe de la croissance économique et la nécessité de décoloniser nos imaginaires pour créer autre chose. Et là, j’ai pu constaté que les divergences étaient nombreuses ! Certains objecteurs de croissance sont républicains et se présentent aux élections, d’autres sont libertaires voire anarchistes, d’autres sont même nationalistes… Entre ceux qui veulent une état fort et des mesures restrictives musclées, ceux qui défendent l’autonomie individuelle, chacun sur son lopin de terre, et ceux qui imaginent des territoires autonomes et solidaires, gouvernés de façon collective, ça chauffe parfois ! Certaines idées, toutefois, font consensus, comme le slogan « plus de liens, moins de biens » et l’importance de relocaliser l’économie.

Comme dans toutes les philosophies, il y a des « fondamentalistes »… On ne voit parfois qu’eux mais ils ne reflètent pas la réalité, c’est aussi ce qu’il se passe dans la décroissance.

Et le développement durable, dans tout ça ?

Pour les objecteurs de croissance, le développement durable est une supercherie, il roule forcement pour la croissance. Dans la bouche des politiques et des industriels, il est vrai que c’est le cas. Le concept est-il pour autant intrinsèquement « contaminé » par la croissance ? Je n’en suis pas si sûre et reste séduite par ses 3 piliers : développement économique, social et environnemental. A mon sens, développement économique ne signifie pas croissance. Œuvrant pour le développement local et le développement rural, refuser ce terme me semble absurde. Je rejoins ici le propos du géographe Yves Gilbert, spécialiste du développement local. Dans la contribution « La recomplexification du territoire », il explique que « la notion de développement ne peut exprimer l’idée de croissance au sens où l’entendent les économistes (lisible au travers d’accroissement de taux de redressements tendanciels de courbes) mais celle d’approfondissement entendue comme consolidation de l’épaisseur sociale : « approfondissement des rapports d’intelligence entre une société et ses territoires » (…)

Finalement, ces courants différents que sont décroissance et développement durable, peuvent conduire à un même projet de société.

Mieux vaut deux utopies plutôt qu’une !

Pour une économie localisée

04/01/2009

dsc_0066_pteLe Réseau rural Français, nouvel acteur phare du développement rural (nous en reparlerons dans un prochain post) a décidé d’orienter le développement rural dans le sens de la localisation des activités économiques. C’est une excellente nouvelle car jusqu’alors, ce genre d’idées restait cantonnée aux milieux alternatifs.

Localiser l’économie, voilà un enjeu essentiel, tant d’un point de vue environnemental que social. Il ne s’agit pas d’un localisme à l’ancienne, avec les guerres de clochers, de vivre enfermé sur son territoire et de renoncer à la mobilité. C’est pour cela que l’expression « relocalisation » de l’économie prête à confusion car le préfixe « re » ramène au passé. Une référence au passé qui d’autant plus inexacte que la mondialisation des échanges est extrêmement ancienne (songeons à la laine par exemple).

L’économie localisée, c’est la généralisation des circuits courts. Bien-sûr, tout ne peut se produire localement, notamment la haute technologie. Mais l’essentiel de notre nourriture, de nos énergies et de nos bâtiments pourraient l’être. Avec, comme conséquences positives : de la création d’emplois de qualité, du lien social et un faible impact sur l’environnement. Soit un développement durable des territoires.dsc_0251_pte1

C’est ce qu’ont voulu montré Savoir-Faire et Découvertes, le Collectif Ville Campagne et l’Acteur rural à travers l’atelier « Comment accompagner le développement des métiers ruraux à forte valeur ajoutée environnementale », présenté au séminaire de lancement du réseau rural français début décembre.

Pour la préparation de cet atelier, les 3 structures ont réalisé une étude au quelle j’ai participé en réalisant 10 entretiens de personnes dont le métier contribue à une économie localisée et au développement durable (en Limousin) : éleveurs de brebis bio + transformation de la laine en tricots ; boulangers bio en vente directe ; éco-site collectif ; fabricant de cosmétiques à partir de plantes cultivées sur le site ; matelassier artisanal à partir de laine de mouton locale ; élevage d’agneaux en vente directe et chambres et tables d’hôtes… Des entretiens similaires ont été réalisés en Languedoc Rousillon, chez un constructeur de yourte, un producteur en amap…

Nos entretiens ont prouvé que ces métiers (nous entendons par métier « compétence à vivre » selon la belle définition de Patrick Viveret) étaient viables et qu’ils représentaient une chance pour les territoires ruraux, alors qu’ils continuent d’être considérés à tort comme marginaux, atypiques, fragiles. Ces personnes s’en sortent financièrement et leur clientèle n’est pas uniquement constituée de bobos à fort pouvoir d’achat. Ainsi, les cosmétiques bio d’Hervé ont autant de succès voir plus à Aubusson qu’à Paris.

Voir les vidéos des métiers alternatifs présentés pendant l’atelier :  http://www.dailymotion.com/chatbebop
(séquences 1, 2, 3, 4 et 5)

Comme cela a été dit lors de l’atelier, l’atypique, c’est l’économie de demain. Les métiers que nous avons présenté proposent un vrai modèle pour la planète et la société, un modèle crédible où l’économie sociale et solidaire deviendrait dominante. Mais de nombreux freins continuent de bloquer le développement de cette nouvelle économie:

– la course au profit : l’optique de faire du buisness et de gagner toujours plus n’est pas compatible avec ce typ d’économie, qui privilégie l’épanouissement, la qualité de vie, l’humain

– le cloisonnement des secteurs : il faut réintroduire de la complexité, les systèmes (commerce, artisanat, etc.) sont trop simplistes ce qui entraîne des soucis de statuts

– le manque d’informations et les représentations négatives sur la bio, l’économie sociale, les créations d’activités originales…

– la difficulté à s’approvisionner en matières premières locales (par exemple en orge et houblon pour les brasseurs, en farine bio pour les boulangers…)

– l’insuffisance en offre de formation et leurs financement

– l’accès au foncier

dsc_0046_pteSur le Plateau de Millevaches, l’économie localisée est déjà à l’oeuvre. Comme l’a expliqué Emilie de l’association De Fil en réseaux, des choses qui seraient considérées comme un frein ailleurs deviennent un atout. Par exemple, la quasi-absence de supermarchés invitent à consommer des produits locaux en vente directe et à créer des petites épiceries alternatives. De même, le côté vide stimule la créativité (tout est à faire !).

Faire soi-même

14/12/2008

Partir s’installer à la campagne est souvent synonyme de recherche d’autonomie. Beaucoup envisagent en effet de faire un potager, du bois, des confitures, voire des pulls, des cosmétiques maison, bref de cesser de perdre leur vie à la gagner pour faire soi-même. Derrière cette tendance à l’autonomie, une idéologie écolo mais surtout une quête de liberté, comme l’explique Aspen et Cherryplum dans leurs chroniques de consommatrices repenties sur leur blog.

dsc_0016Pour ceux qui souhaitent s’engager ainsi sur la voie de l’autonomie, l’association Savoir Faire et Découvertes propose un large éventail de stages : construction d’un four à pain, fabrication d’une éolienne, enduits à la chaux, tournage de poterie, meubles en carton, jouets en bois, vêtements en feutre, pommades à base de plantes… Tout peut s’apprendre avec cette association ! Le réseau des maîtres de stages est surtout implanté en Basse-Normandie mais des stages sont également proposés en Auvergne, en Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et Nord pas de calais. Les stages durent entre 1 et 8 jours et coûtent entre 30 et 250 €. Une idée de cadeau de Noël…

Je trouve formidable de se libérer de la société de consommation et, d’une manière générale, je soutiens et admire les personnes qui pensent leur vie, choisissent et assument un mode de vie plutôt que de subir. Mais ces recherches d’autonomie me posent question. D’une part, je regrette que les milieux militants n’appréhendent la problématique de l’installation en milieu rural que sous cet angle d’autonomie (pour simplifier : ville = vélo et amap ; campagne = potager, autoconstruction…). D’autre part, je m’interroge sur ce que serait la campagne si chacun était autonome… J’ai d’ailleurs réagi sur une discussion du forum decroissance.info autour de cette question.

Il me semble que l’on peut avoir envie de vivre à la campagne tout en étant éco-citoyen sans nécessairement faire tout soi-même (faut-il rappeler que certains préfèrent, comme moi, exercer le métier qu’ils aiment plutôt que de bêcher). Ensuite, cela présente un risque pour les petits producteurs et artisans de nos villages. La vogue des machines à pain pose d’ailleurs de gros problèmes à la filière boulangère.

Pour conclure, je souhaite que ceux qui veulent vivre en autonomie puissent le faire, surtout s’ils vivent dans un coin très isolé où il faut prendre la voiture pour le moindre ravitaillement. Mais qu’on arrête donc de vouloir faire de ce mode de vie un modèle. Agir pour la relocalisation de l’économie, avec une diversité de métiers, de producteurs et de consommateurs locaux me semble plus pertinent, réaliste et urgent !


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